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L’Héritage d’Urdès

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Une histoire du Béarn à travers les siècles

Le Château d’Urdès n'est ni un vaste palais, ni le théâtre d'un événement célèbre de l'Histoire. Aucun grand personnage connu n'est signalé comme y ayant séjourné. Et pourtant, c'est précisément ce qui fait son intérêt : à son échelle, le Château d’Urdès raconte une partie de l'histoire du Béarn.

Les fragments d'archives qui ont survécu permettent de suivre, au fil des siècles, plusieurs des familles qui possédèrent la seigneurie d'Urdès. Elles ne se succèdent d'ailleurs pas nécessairement par conquête ou par vente : le document souligne que c'est généralement par mariage avec l'héritière du château qu'une nouvelle famille devient détentrice de la seigneurie.

L'histoire du lieu apparaît ainsi comme celle d'une demeure transmise, transformée et reconstruite au gré des générations.

Des origines qui pourraient remonter au Moyen Âge

L'origine exacte du Château d’Urdès demeure inconnue.

Le document historique avance néanmoins une hypothèse : elle pourrait être liée à la naissance de la féodalité en Béarn et au développement des abbayes laïques au XIe siècle.

Dans ce système, le petit seigneur du village prélève la dîme et doit en contrepartie entretenir l'église paroissiale, située à proximité de sa maison. Cette organisation pourrait donc expliquer les origines du domaine seigneurial d'Urdès.

Mais les documents dont nous disposons ne permettent pas d'affirmer que le bâtiment actuellement visible date du XIe siècle. Il faut bien distinguer l'ancienneté possible de la seigneurie de celle des constructions qui nous sont parvenues.

Menaut de Doazon, premier seigneur cité

Il faut attendre la fin du XIVe siècle pour rencontrer dans les documents un possesseur identifié.

À l'époque de Gaston Fébus, la seigneurie d'Urdès est entre les mains de Menaut de Doazon.

Il est qualifié de domenger, c'est-à-dire de petit seigneur noble, et le document indique qu'il est notamment enrôlé dans l'armée du vicomte de Béarn.

À travers cette première figure connue, Urdès apparaît donc déjà intégré à l'organisation seigneuriale du Béarn médiéval.

Bernard de Marrun et la question du bâtiment actuel

Un changement important intervient dans la seconde moitié du XVe siècle.

Bernard de Marrun, seigneur d'Aren et bourgeois d'Oloron, devient seigneur d'Urdès par mariage.

C'est à partir de cette période qu'apparaît l'une des questions les plus intéressantes concernant le château que nous voyons aujourd'hui.

Le document relève en effet certaines similitudes architecturales entre le Château d'Aren et celui d'Urdès. Il formule alors l'hypothèse que Bernard de Marrun, ou sa famille, probablement plus fortunée que les précédents détenteurs de la seigneurie, pourrait être à l'origine de la partie la plus ancienne du château actuel.

Il s'agit toutefois d'une hypothèse et non d'une datation certaine.

Un élément d'archive invite même à la prudence : en 1450, le bâtiment est encore simplement qualifié d'« hostal », terme que le document traduit par maison noble.

Il serait donc prématuré de présenter aujourd'hui le Château d'Urdès comme un « château du XVe siècle ». Les sources permettent plutôt de dire que certaines des parties les plus anciennes de l'édifice actuel pourraient remonter à cette période.

Les Molia et les Campagne : Urdès au temps des bouleversements religieux

L'histoire se poursuit entre la fin du XVIe siècle et le XVIIe siècle.

La seigneurie appartient alors successivement aux familles Molia et Campagne.

Le document nous apporte ici un détail particulièrement révélateur de l'histoire du Béarn : ces seigneurs d'Urdès suivent la conversion de Jeanne d'Albret, mère du futur Henri IV, à la religion protestante.

À travers les choix de ses propriétaires, la petite seigneurie d'Urdès se trouve ainsi prise dans les transformations religieuses qui touchent alors le Béarn.

Le XVIIIe siècle : des magistrats et bourgeois d'Oloron

Au XVIIIe siècle, le profil des propriétaires change.

Le château passe entre les mains de bourgeois et de magistrats d'Oloron.

Parmi eux se distingue Isaac de Casascau.

Son nom apporte au récit du Château d'Urdès une dimension assez inattendue : celle des livres et de la diffusion du savoir.

En 1763, Isaac de Casascau fonde la première bibliothèque publique d'Oloron. D'après le document, celle-ci réunit alors près de 1 680 livres, dont les plus anciens remontent à la fin du XVe siècle.

Le texte le présente comme représentatif d'une noblesse de robe intéressée par la religion et la philosophie.

Après les petits seigneurs du Moyen Âge et les familles ayant traversé les conflits religieux des XVIe et XVIIe siècles, le Château d'Urdès entre ainsi dans un autre monde : celui des magistrats et des élites cultivées du XVIIIe siècle.

Le XIXe siècle transforme profondément le château

Le bâtiment n'est pas resté figé depuis le Moyen Âge.

Entre la seconde moitié et la fin du XIXe siècle, le château connaît des destructions partielles et des reconstructions.

Le document associe notamment ces transformations au percement de la route entre Arthez et Artix.

C'est un élément essentiel pour comprendre le bâtiment actuel : ce que nous voyons aujourd'hui est le résultat d'une histoire architecturale faite de transformations successives, et non un édifice resté intact depuis une époque unique.

C'est aussi pourquoi les différentes parties du bâtiment devront être étudiées avec prudence avant de leur attribuer une date.

Un patrimoine aujourd'hui à sauvegarder

Le Château d’Urdès

L'histoire du Château d'Urdès ne s'arrête pas aux archives.

Un projet de rénovation de la Maison de Maître a été étudié en 2024. Le dossier architectural existant documente très précisément l'ensemble : sous-sol, rez-de-chaussée, premier étage, combles, grange, cour, façades et coupes du bâtiment.

Il comprend également des études concernant une terrasse et une véranda. Les quatre orientations du bâtiment — façades est, ouest, nord et sud — ont été relevées et représentées dans le projet.

Enfin, plusieurs perspectives et vues tridimensionnelles ont été réalisées pour étudier le projet architectural.

Ces documents représentent un projet de rénovation, et non l'état actuel ni des travaux déjà réalisés. Cette distinction devra être très claire sur le site.

Une histoire encore à écrire

Il reste beaucoup de zones d'ombre dans l'histoire du Château d'Urdès.
 

Les documents dont nous disposons permettent d'établir une succession de personnages et d'épisodes allant de la fin du XIVe au XIXe siècle, mais ils ne permettent pas encore de raconter continuellement chaque siècle ni de dater avec certitude toutes les parties du bâtiment.

C'est justement ce qui peut rendre cette page intéressante.

Plutôt que de présenter une histoire artificiellement achevée, L'Odeïhan peut montrer une histoire que l'on redécouvre progressivement : les archives retrouvées, les plans anciens, les différentes familles, les transformations du bâtiment et, demain, les étapes de sa sauvegarde.

Du domenger Menaut de Doazon à la fin du XIVe siècle à Bernard de Marrun au XVe, des Molia et Campagne des XVIe et XVIIe siècles à Isaac de Casascau au siècle des Lumières, puis aux transformations imposées par le XIXe siècle, le Château d'Urdès apparaît moins comme le décor d'un grand événement que comme le témoin silencieux de plusieurs siècles d'histoire béarnaise.

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